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Lettre à Pascal Sevran

6 avril 2006 232 vues 3 commentaires

L’ACPE a pris la décision d’interpeller publiquement Monsieur Pascal Sevran à propos de son dernier livre « Le privilège des jonquilles ». Nous reproduisons ici la lettre que nous lui avons adressée par l’intermédiaire de son éditeur. Aidez nous !

Paris, le 3 mars 2006

Objet : votre livre « Le privilège des jonquilles »

Monsieur,

Je préside une association qui lutte depuis 20 ans contre la prostitution des enfants. A ce titre, la critique du livre cité en objet parue dans un Monde2 récent a retenu mon attention. Le critique s’étonne de vos remarques sur le tourisme sexuel. J’ai donc lu ce livre.

Vous écrivez pages 247 et 248, à propos des nouvelles filières de la prostitution décrites par le Nouvel Observateur : « Si le tourisme n’était pas sexuel, ne fût-ce qu’en rêves, on se demande ce que nous irions faire dans ces contrées impossibles pleines de moustiques (…) Nous n’aurions aucune raison de nous trimbaler de gares en aéroport, de braver des cyclones (…) si nous n’avions pas l’espoir de quelque lolita ou lolito consentant à nous consoler du temps qui passe. »

Ces remarques me semblent très ambiguës car elles peuvent laisser supposer que vous êtes de ceux qui, en vacances en Asie, en Amérique Centrale ou au Maroc, demandent à des jeunes garçons ou filles de vendre leurs faveurs « pour consoler du temps qui passe », de ceux qui ignorent que c’est la misère, l’abandon, la violence au sein des familles qui poussent ces jeunes à se prostituer et que dans de très nombreux cas, le « consentement » résulte d’un paiement de ces « lolitos et lolitas ».

Vous n’ignorez pas que la loi punit l’exploitation sexuelle des enfants. Je me permets de vous la rappeler :

1 – En France, la loi du 1 février 1994, permet de poursuivre, juger et condamner un français ou toute personne résidant en France qui se rend coupable d’atteintes sexuelles sur un mineur de moins de 15 ans moyennant une rémunération, alors même que le délit est commis à l’étranger et que l’enfant n’est pas français. :

Condamnation pour tourisme sexuel / abus sexuels à des peines pouvant aller jusqu’à 10 ans et / ou des peines d’amendes jusqu’à 150 000 euros maximum.

Lorsque il y a :

  • rémunération,
  • même en l’absence de dénonciation officielle des faits par les pays étrangers,
  • même sans répression de la loi étrangère, sans double incrimination,
  • même en l’absence de plainte de la victime.

Cette loi a été renforcée par :

  • la loi du 17 juin 1998 : répression des atteintes sexuelles et prévention de la récidive autorise l’audition de la victime par vidéo.
  • la loi du 4/3/2002 : Poursuite des délits commis à l’étranger par un français ou un résident

La loi française est applicable dans les cas d’agressions sexuelles commises à l’étranger par une personne résidant habituellement en France : articles 222-22 et 227-27-1

2 – A l’étranger : ce type de lois qui permet de poursuivre dans leur pays d’origine, des individus et parfois des organismes impliqués dans l’exploitation sexuelle et commerciale des enfants a été adopté dans plus d’une quarantaine de pays.

D’autres remarques dans votre livre me laissent perplexe : page 162 vous évoquez l’emprisonnement de quelqu’un, qui a été reconnu pédophile par la justice, à qui vous semblez reprocher non pas la raison de son emprisonnement mais le fait qu’il ait dénoncé d’autres pédophiles. Ne pensez vous pas que cette remarque présente le risque d’être mal interprétée par certains de vos lecteurs ? Ne risque-t-elle pas de laisser certains penser que vous êtes du côté des pédophiles ?

Ces passages me paraissent d’autant plus maladroits que vous êtes un homme public : votre journal est publié chaque année ; vous recevez des centaines de lettres de vos lecteurs ; vous êtes invité sur tous les plateaux de télévision ; vos amis – vous les citez largement dans vos livres – sont des personnalités littéraires et politiques !… Je ne doute pas de votre honnêteté, mais il me semble que paraître banaliser le tourisme sexuel qui est un fléau de notre société, ne sert ni votre image, ni la cause des enfants. Il y va de votre responsabilité d’homme public.

Cette responsabilité me semble appeler plus de retenue et de prudence dans vos écrits pour qu’ils ne donnent pas l’image d’un écrivain peu respectueux de ses lecteurs, notamment les plus fragiles et ne risquent de paraître pour le moins excuser ce qui attente si fortement à la personne de si nombreux enfants.

Veuillez croire, Monsieur, à l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Jacqueline BRUAS
Présidente

Copie : les éditions Albin Michel ; Bertrand Delanoë

3 commentaires »

  • scalp dit :

    Comme quelques individus très médiatisés : artistes, politiques … M. Sevran se croit-il tout permis ?
    Bravo pour votre courrier que je n’ai malheureusement pas vu repris par les medias…
    Le jour où on aura le courage de juger et de mettre en prison un de ces individus médiatiquement connu je serai fier d’être français.

  • elisetendress dit :

    Je crois que chacun à droit à la presomption d’innocence, et de ce fait, peut-etre pourriez-vous publier la réponse de Mer Sevran, de façon à ce que chacun puisse ce faire sa propre opinion, et non pas seulement une opinion négative sur cette affaire,merci.

    Elise

  • acpe dit :

    Elise,
    A ce jour, aucune réponse de Monsieur Sevran à notre courrier ne nous est parvenue. Nous ne manquerons pas de la publier ici-même afin que les lectrices et lecteurs puissent se faire leur opinion. Il est des silences qui sont parfois étonnement éloquents.