Affaire Polanski
1 octobre 2009
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De nombreuses déclarations ont été faites ces derniers jours à propos de la situation de Roman Polanski. L’Association Contre la Prostitution des Enfants (ACPE) se consacre à la défense des enfants, pour les protéger de la traite, de la prostitution et de toutes formes d’abus sexuels dont ils peuvent être victimes. En tant que présidente de cette association, je souhaite faire les remarques suivantes :
- Les affaires de viol et d’abus sexuels d’enfants soulèvent beaucoup d’émotion et de passion, et donnent souvent lieu à des enquêtes et à des procès complexes et difficiles. Plus encore que dans d’autres domaines, il importe dans ces affaires de laisser la justice faire son chemin selon ses règles et de ne pas interférer. Les déclarations à l’emporte pièce faites par de nombreux membres des mondes politico-culturel, le traitement partial réservé au sujet par certains médias, sont donc malvenus. Ces déclarations sont même inacceptables quand elles émanent de membres du gouvernement, au mépris du principe fondamental de la séparation des pouvoirs exécutif et judiciaire. Qui plus est, porter des appréciations sur la justice d’autres pays ne peut qu’être déplacé, et ne facilitera en rien, dans le cas particulier, la sérénité des autorités judiciaires suisse et américaine.
- Que les circonstances de l’arrestation de Roman Polanski soient surprenantes est une chose. Cela ne doit aucunement occulter les faits qui en sont à l’origine, soit un viol accompli sur une enfant de 13 ans, Samantha Geimer, par un adulte de 45 ans, utilisant divers moyens pour parvenir à ses fins. Une enfant de 13 ans violée par un adulte de 45 ans est marquée à vie, cela ne doit jamais s’oublier. Tel est le fond de l’affaire. La manière dont le jugement a été rendu, dont son exécution a été assurée ou non, la prescription ou non prescription, sont des éléments de nature juridique, afférents au droit américain, qu’il nous appartient de respecter et non de contester sans savoir.
- Les faits incriminés sont sévèrement sanctionnés par les législations de la plupart des pays. A titre d’information, en France, les relations sexuelles avec des mineurs peuvent entrainer jusqu’à 10 ans de prison et 150 000 euros d’amende pour un abus commis sur un enfant de moins de quinze ans, peines ramenées à 5 ans de prisons et 75 000 euros d’amende si l’enfant abusé a plus de quinze ans. S’il y a viol sur mineurs de moins de 15 ans, il s’agit d’un crime passible d’une peine allant de 20 ans de prison ferme jusqu’à la perpétuité.
- Le consentement de l’enfant abusé n’a aucune valeur, il ne peut par définition exister, et c’est précisément la raison pour laquelle il faut protéger l’enfant. Dans le même ordre d’idée, le «pardon» accordé par la victime dans le cas particulier ne change rien aux qualifications juridiques et à leurs conséquences. Il y a eu viol il y a trente ans, que la personne pardonne aujourd’hui ou pas. Qui plus est, chacun sait que la victime a reçu un important «dédommagement». Ceci étant, on peut parfaitement comprendre qu’elle souhaite mettre un terme à son cauchemar, mais pour cela le plus simple serait que l’auteur du cauchemar accepte tout simplement de se rendre à la justice de son pays.
- Cette affaire nous permet de rappeler qu’il existe une Convention Internationale des Droits de l’Enfant, dont l’article 34 indique «Les Etats parties s’engagent à protéger l’enfant contre toutes les formes d’exploitation et de violence sexuelle». Il se trouve que nous fêterons le 20ème anniversaire de cette Convention le 20 novembre. Nous serions heureux que les personnes ayant demandé, voire exigé, la libération immédiate de Roman Polanski, prennent le temps de lire cette Convention et nous rejoignent le 20 novembre pour manifester avec nous leur attachement à la protection des enfants contre les personnes qui les abusent sexuellement.
Jacqueline BRUAS
Présidente









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