Dominique Versini conteste la mise en place d’un Défenseur des droits
« Il est inapproprié de mettre la défense spécialisée des droits des enfants dans une institution généraliste »
Dominique Versini, l’actuelle Défenseure des enfants, nous explique pourquoi elle conteste la mise en place d’un Défenseur des droits, c’est-à-dire la suppression programmée de son institution.
La refonte des institutions, dont prend acte le Défenseur des droits, marque un virage incertain dans la défense des droits de l’enfant en France. Pour Dominique Versini, « c’est une réforme qui mélange différentes institutions qui n’ont pas les mêmes rôles et qui mélange différentes atteintes aux droits qui ne sont pas les mêmes».
Le Défenseur des droits regroupe en effet le médiateur de la République, « qui lui travaille sur les tracasseries administratives », la Commission nationale de déontologie de la sécurité et le Défenseur des enfants. « Les atteintes aux droits fondamentaux dans la vie familiale et dans la destinée d’enfants » risquent, par conséquent, de se retrouver diluées dans un ensemble de prérogatives aussi vaste que varié.
Par ailleurs, en supprimant une institution indépendante clairement identifiée pour son domaine de compétences (le Défenseur des enfants), ce projet de loi nuit directement à la visibilité des droits de l’enfant et donc à leur accessibilité. Or, la présence d’un organisme spécialisé, auquel les enfants peuvent directement s’adresser, est normalement chose acquise. Elle constitue en effet un engagement de la France, inscrit dans la Convention internationale des droits de l’enfant (ratifiée en 1989) et dans la Convention européenne sur l’exercice des droits de l’enfant (signée en 1996). Ces textes constituent en outre le cadre donné à l’action du Défenseur des enfants, depuis sa création en 2000.
Cependant le nouveau projet de loi, créant le Défenseur des droits, ne fait aucune mention de la CIDE (Convention internationale des droits de l’enfant), ce dont s’inquiète Mme Versini : « Ça veut dire que le Défenseur des droits défendra les droits des enfants, mais que sur la base du droit national, quand le droit national est très en dessous de nos engagements internationaux ». Disparues également, la mission de promotion des droits de l’enfant, la Journée internationale des droits de l’enfant, date symbolique à laquelle le Défenseur des enfants remet son rapport au président de la République.
Une opinion inquiète
La réforme du Défenseur des droits remet ainsi en question bien plus que l’activité du Défenseur des enfants. Sur le terrain, c’est tout un réseau de professionnels et d’associations qui risque de se retrouver esseulé. Alors que, sur toute une série de thématiques spécialisées, comme l’exploitation et la prostitution des mineurs, ces acteurs constituent un élément essentiel de protection des droits de l’enfant. Leur vigilance et leurs compétences spécifiques sont en effet cruciales, non seulement pour analyser de manière complète la situation, mais aussi pour agir et faire progresser les droits de l’enfant en France. Car davantage qu’un interlocuteur central, professionnels et bénévoles trouvent dans le Défenseur des enfants un relais important, capable d’émettre des propositions législatives et des recommandations.
Les réactions ont bien-sûr été vives du côté des spécialistes. Pour D. Versini, ils ont vu dans cette réforme « une atteinte aux droits de l’enfant et un recul en matière de politique de l’enfance ». Plus globalement, près de 50 000 citoyens ont signé l’appel à soutien du Défenseur des enfants. « Tout le monde a été surpris, mais bien au-delà de la France. Et dans les pays étrangers, par exemple en Tunisie où ils étaient prêts à créer un Défenseur des enfants, si nous supprimons le notre ces pays là ne vont pas être incités à créer un Défenseur des enfants, et donc à faire progresser les droits de l’enfant. ».
Malgré tout la France préfère ignorer les recommandations de l’ONU et de la Convention internationale des droits de l’enfant (qu’elle a pourtant ratifiée). Par ailleurs, en supprimant le Défenseur des enfants (avant la fin de son second mandat), la France se retire du réseau européen des Défenseurs des enfants, présidé depuis 2009 par D. Versini. Fort de 35 membres, représentant 28 pays, ce consortium européen est notamment auditionné par la Commission européenne et le Comité des droits de l’enfant des Nations Unies. Ainsi, la France pourrait également écorner son image et son poids sur la scène européenne et internationale des droits de l’homme.
Baptiste Laigle










Laissez votre message !